Restaurateurs de Tunisie : M. les gouvernants : Ôtez vos mains qui nous asphyxient!

Ecrit par on 16 octobre 2020

Le gouvernement tunisien aura encore fait preuve d’une sagesse proverbiale! De ce pas, il réussit à déclencher un tôlée général dans les rangs des restaurateurs et des cafetiers de la place. Il les a sommés de supprimer tables et chaises, assommant ainsi leur activité d’un coup de massue. La pandémie de Coronavirus n’en a pas fini avec la Tunisie, elle prend même ses aises et se propage de plus en plus. Elle fait ainsi le lit des mesures restrictives, jugées strictes et asphyxiantes par les professionnels de la restauration. Le gouvernement se défend, tant bien que mal, et se dit être aux abois, les restaurateurs trinquent, un mal nécessaire. Se vient ajouter un couvre feu à 21h, cette fois, la coupe se fait pleine, et l’heure est à la réaction. Les propriétaires des restaurants et cafés se rassemblent alors dans un mouvement de protestation qui se renforce aujourd’hui devant le haut lieu de l’exécutif : la Kasbah. Les avis sont mitigés : certains prônent le bon sens de pareille décision, d’autres déplorent son absurdité.

Les restaurateurs, un dommage collatéral

Un chef cuisinier de son état s’est interrogé quant aux critères pris en compte par le comité scientifique et les hauts décideurs, concluant à la nécessité d’instaurer un couvre-feu et de faire supprimer tables et chaises dans les restaurants et les cafés. Si le protocole sanitaire est respecté, qu’est-ce qui empêche la tenue d’une activité dans un semblant de conditions ordinaires, autant que faire se peut? La crainte que nombre de ces établissements contournent les règles, appâtés par le gain plus que soucieux de la vie humaine? Cela se défend. Regardons les expériences vécues sous autres cieux. En Grèce par exemple, au mois de mai dernier, le gouvernement avait décidé d’anticiper la date d’ouverture des restaurants et cafés, car il a été constaté que les citoyens se rassemblaient dans des places publiques, par faute de pouvoir s’attabler, sirotant ou grignotant un morceau. La situation échapperait davantage au contrôle tant que les restaurants et cafés resteraient fermés. Bonne pioche. Que des dénominateurs communs entre la Tunisie et la Grèce, mais un point crucial les différencie : l’application de la loi. Et c’est clairement le point d’orgue de toute cette affaire. Le gouvernement chercherait-il à éviter une vaste opération de contrôle et par ricochet d’application du règlement, et prend un raccourci en établissant des mesures radicales? Hypothèse défendable.

Et si on faisait comme ailleurs?
Car d’un autre point de vue, en faisant supprimer tables et chaises, le gouvernement enfonce le couteau dans la plaie et creuse le sinistre du secteur de la restauration. Pis, il porte un coup de grâce à un des piliers de l’économie du pays sans pour autant mettre en place un plan de sauvetage ou encore de relance. Oui, les qualificatifs sont nombreux, mais l’efficacité se fait encore désirer! Dans le pays du paradis sur terre, nous citons la Grèce, le gouvernement a une haute prise de conscience de l’importance du secteur touristique et de la restauration. Il a également une fabuleuse opinion sur ses limites quant à une batterie d’aides et de soutien d’ordre financier, en l’occurrence au profit des professionnels du métier. Partant de ce constat aux allures réalistes et objectives, le gouvernement hellénique instaure un protocole sanitaire assorti d’une série de sanctions en cas d’effraction. Et cela fonctionne! Les restaurateurs poursuivent leur activité, et les caisses de l’Etat s’engraissent par les plus téméraires et les plus récalcitrants. Bien joué! A nos gouvernants à présent! Pourquoi concevoir de tomber dans le piège de la facilité mettant en péril tout un secteur déjà aux abîmes? Pourquoi ne pas voir plus loin que le bout de son nez et capitaliser sur la faillite de tout un secteur sans âme ni conscience? Puis, si l’on poussait la réflexion plus loin et l’on s’interrogeait sur la véracité de pareille mesure et si son efficacité est irréfragable ou non?

Le duel scientifiques – économistes

D’accord, les décisions ont été prises en se référant à des recommandations établies par le comité scientifique. Mais pour autant, ledit comité est-il habilité et apte à considérer les pertes d’ordre économique et financier? N’est-il pas uniquement qualifié dans la sphère scientifique et pas un espace de plus? Nous ne récusons pas la compétence du comité scientifique, il serait même un essentiel inéluctable dans cette fameuse lutte contre le Coronavirus. Néanmoins, sortant de cette orbite scientifique et pénétrant dans celui économique, ne serait-il donc pas judicieux de prêter oreille à nos éminents savants de la chose économique afin de décider des mesures efficientes et pertinentes? Plutôt futée comme réflexion! N’est-il pas plus rationnel de cogiter sur des dispositions qui feraient contenter toutes les parties prenantes sans forcément souffrir un compromis assassin? Oui la solution existe, elle est pratiquée ailleurs, elle a fait ses preuves, et il est toujours temps de faire machine arrière, de reconsidérer le mal porté aux professionnels de la restauration, et de faire preuve d’empathie. Oui, d’empathie qui vient rejoindre la solidarité nationale, deux armes indissociables et substantielles dans cette farouche lutte contre le Coronavirus.
Nadya Bchir

 


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