Professeur décapité en France : qui est le suspect ?

Ecrit par on 17 octobre 2020

La décapitation à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) d’un professeur d’histoire-géographie, qui avait montré à ses élèves des caricatures du prophète  » Mahomet », a frappé d’effroi la France, de nouveau touchée par un « attentat terroriste islamiste caractérisé », selon les mots d’Emmanuel Macron, trois semaines après l’attaque devant les anciens locaux de Charlie Hebdo.

« Ils ne passeront pas. L’obscurantisme ne gagnera pas ». C’est un chef de l’Etat très ému, entouré du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et du ministère de l’Education, Jean-Michel Blanquer, qui a appelé la nation à « faire bloc », quelques heures après l’assassinat de l’enseignant, à la sortie du collège du Bois d’Aulne où travaillait la victime.

Rapidement après l’attaque, survenue vers 17H00 près de l’établissement scolaire, une enquête a été ouverte pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle » par le parquet national antiterroriste (Pnat).

Quatre personnes, dont un mineur, membres de l’entourage de l’assaillant tué par les policiers, ont d’abord été placées en garde à vue dans la soirée de vendredi à samedi, et une source judiciaire a appris samedi matin à l’AFP que cinq nouvelles personnes ont été interpellées plus tard, portant à neuf le nombre total de personnes en garde à vue.

Parmi les cinq nouvelles personnes, figurent deux parents d’élève du collège où travaillait la victime, ainsi que des personnes de l’entourage non familial de l’assaillant. Ce dernier a par ailleurs bien été identifié comme un jeune homme de 18 ans d’origine tchétchène né à Moscou, toujours selon la source judiciaire.

Les enquêteurs s’intéressent aussi à un message posté sur Twitter par un compte désormais fermé, montrant une photo de la tête de la victime sous laquelle Emmanuel Macron est qualifié de « dirigeant des infidèles ». Son auteur, qui assure vouloir venger celui « qui a osé rabaisser Muhammad », est-il l’agresseur ?

Selon les premiers éléments de l’enquête, l’enseignant avait montré à ses élèves la semaine dernière une caricature du prophète Mahomet. Un signalement était parvenu à Rodrigo Arenas, coprésident de la FCPE, la première association de parents d’élèves, faisant état « d’un père extrêmement énervé ».

Un hommage national sera rendu

L’Elysée a indiqué samedi qu’un « hommage national » serait rendu à l’enseignant français. Cet hommage, dont la date n’est pas encore fixée, est organisé en coordination avec la famille, a précisé l’Elysée à l’AFP. Le président Emmanuel Macron s’était rendu dès vendredi soir sur les lieux de l’attaque, où il avait dénoncé un « attentat islamiste caractérisé ».

« D’autres expressions et annonces sont prévues après les réunions du week-end », ont encore indiqué les services de la présidence de la République.

« Tous et toutes nous ferons bloc. Ils ne passeront pas. Ils ne nous diviseront pas. C’est ce qu’ils cherchent et nous devons nous tenir tous ensemble », avait martelé le chef de l’Etat vendredi, lors d’une allocution devant le collège Bois d’Aulne où enseignait ce professeur d’histoire.

Samedi matin, le Premier ministre, Jean Castex, a martelé que « nos enseignants continueront à éveiller l’esprit critique des citoyens de la République, à les émanciper de tous les totalitarismes et de tous les obscurantismes », dans un message publié sur Twitter.

L’attentat a également soulevé une vague d’indignation dans la classe politique, tous bords confondus. A l’Assemblée nationale, les députés se sont levés pour « saluer la mémoire » du professeur et dénoncer un « abominable attentat ».

« Le séparatisme islamiste doit être combattu sans relâche, sans jamais faiblir », a réagi la députée LREM des Yvelines Aurore Bergé, alors qu’un projet de loi sur le sujet doit être présenté le 9 décembre en conseil des ministres.

Cet attentat atteint un « niveau de barbarie insoutenable », a condamné la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen. « Ignoble crime », s’est indigné le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon.

Charlie Hebdo a exprimé sur Twitter « son sentiment d’horreur et de révolte », estimant que « l’intolérance vient de franchir un nouveau seuil ».

Cette attaque survient trois semaines jour pour jour après l’attentat au hachoir perpétré par un jeune Pakistanais de 25 ans devant leurs anciens locaux.

L’auteur de cet attentat islamiste avait déclaré aux enquêteurs avoir agi en réaction à la publication et la republication par Charlie Hebdo début septembre des caricatures de Mahomet, à l’ouverture du procès des attentats de janvier 2015.

Depuis la vague d’attentats jihadistes sans précédent amorcée en 2015 en France, qui a fait 259 morts avec ce professeur, plusieurs attaques ont été perpétrées à l’arme blanche, notamment à la préfecture de police de Paris en octobre 2019, ou à Romans-sur-Isère en avril dernier.

AFP/EFM

 


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