Mécanisme élargi de crédit-mission du FMI en Tunisie : les discussions se poursuivront à Washington

Ecrit par on 10 avril 2019

Une équipe du FMI dirigée par Björn Rother était en mission en Tunisie du 27 mars au 09 avril 2019, dans le cadre de la 5ème revue du suivi des réformes auxquelles le gouvernement tunisien s’est engagé, au titre du mécanisme élargi de crédit (MEDC) conclu avec la Tunisie.

Dans une déclaration publiée à l’issue de cette mission d’évaluation, le FMI a fait savoir que les discussions se poursuivront à Washington, dans les prochains jours.

La déclaration stipule que les efforts des autorités tunisiennes pour soutenir la croissance en maîtrisant l’inflation et en stabilisant la dette publique commencent à porter leurs fruits, mais l’économie reste fragile. Elle stipule, également, que les autorités tunisiennes sont conscientes des risques pesant sur l’économie et se sont engagées à limiter les déséquilibres budgétaires et extérieurs en cette année électorale.

« Les autorités tunisiennes s’engagent résolument dans un programme politique visant à stabiliser et à réformer l’économie, en tenant compte de la situation socio-politique tendue à l’approche des élections législatives et présidentielle qui auront lieu plus tard cette année », a déclaré Rother à la fin de cette visite. « Les autorités tunisiennes et les services du FMI sont parvenus à un accord mutuel sur la plupart des problèmes et ont convenu que les autorités avaient besoin d’un peu plus de temps pour donner corps à leurs propositions de politique dans quelques domaines », a-t-il ajouté.

« La croissance est restée insuffisante pour réduire le chômage »

Björn Rother a déclaré également que la croissance de l’économie tunisienne, malgré sa modeste reprise, reste insuffisante pour résorber le chômage qui reste élevé.

«La Tunisie connaît une reprise modeste. La croissance passerait de 2,6% en 2018 à 2,7% en 2019, grâce aux bonnes performances de l’agriculture et des services, en particulier du tourisme. Néanmoins, l’activité économique continue de souffrir d’incertitudes politiques et économiques et de goulots d’étranglement structurels tels qu’un accès souvent insuffisant au financement. Ainsi, la croissance est restée insuffisante pour réduire le chômage, qui reste particulièrement élevé pour les jeunes et les femmes», lit-on dans la déclaration du FMI suite à cette mission en Tunisie.

« Les vulnérabilités macroéconomiques élevées menacent toujours la stabilité économique »

«Les autorités ont poursuivi la mise en œuvre des politiques et réformes; Cependant, les vulnérabilités macroéconomiques élevées menacent toujours la stabilité économique», a aussi déclaré Björn Rother.

«Les autorités ont resserré leur politique monétaire afin de contenir les pressions inflationnistes et ont réussi à réduire notablement le déficit budgétaire. Les mesures fiscales de 2018 et le renforcement de la collecte des taxes ont amélioré les revenus, tandis que les hausses du prix de l’énergie ont permis de contenir la croissance des subventions à l’énergie qui profitent principalement aux mieux nantis. Cela a permis d’accroître les dépenses consacrées aux investissements publics et aux programmes sociaux créateurs d’emplois, qui sont respectivement passées à 5,6% du PIB et 2,7% du PIB en 2018. La couverture du programme national d’assistance aux familles vulnérables a été étendue (de 250 000 à 285 000 familles) et ses niveaux de prestations ont été augmentés. En outre, les autorités améliorent l’accès aux soins médicaux pour les moins nantis et ont enregistré 600 000 ménages dans une base de données qui facilitera le ciblage des politiques sociales.

Des déséquilibres considérables continuent d’entraver la croissance et le potentiel d’emploi de la Tunisie. La croissance reste trop dépendante de la consommation, tandis que l’investissement et les exportations restent insuffisamment dynamiques. Les dettes extérieures et publiques croissantes de la Tunisie entraînent de grands besoins de financement et représentent un lourd fardeau pour les générations futures. Enfin, malgré un certain recul, l’inflation reste supérieure à 7%, menaçant le pouvoir d’achat, en particulier des plus vulnérables de la société».

Des politiques restent nécessaires à mener

«Maintenir le cap sur la réduction du déficit budgétaire, le renforcement des réserves internationales, le maintien d’une politique monétaire stricte et la suppression progressive de subventions énergétiques inéquitables tout en protégeant les ménages vulnérables est essentiel pour maintenir la stabilité économique et soutenir le processus de transition politique malgré des vulnérabilités macroéconomiques élevées. Il sera également important de mieux maîtriser la masse salariale publique, qui figure parmi les plus élevées au monde en pourcentage du PIB. Cela contribuera à créer davantage d’espace pour les dépenses critiques consacrées aux ménages vulnérables, à l’éducation et à la santé. Les nouveaux défis extérieurs, notamment la volatilité des prix du pétrole, le ralentissement de la croissance dans les pays partenaires de l’UE et les retombées potentielles des conflits au sein de la région rendent encore plus urgents les progrès dans ce sens. Nous reconnaissons que les mesures nécessaires ont un impact sur le peuple tunisien. C’est pourquoi les efforts visant à accompagner les réformes d’un filet de protection sociale renforcé sont une priorité.

Une nouvelle accélération des réformes structurelles, notamment pour améliorer la gouvernance et l’environnement des entreprises, est nécessaire pour renforcer la confiance. Ces efforts contribueront à libérer le potentiel du secteur privé et à générer plus d’opportunités et d’emplois pour tous les Tunisiens».

L’équipe du FMI a rencontré le chef du gouvernement, Youssef Chahed, le ministre des Finances, Ridha Chalghoum, le ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale, Zied Laâdhari, le ministre auprès du chef du gouvernement chargé des grandes réformes, Taoufik  Rajhi, et, le gouverneur de la BCT, Marouane El Abassi. Il s’est également entretenu avec des représentants de syndicats, des employeurs du secteur privé, des représentants de la société civile et de la communauté diplomatique.


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