Qatar: Un cousin de cheikh Tamim condamné à 25 ans de prison, sa femme témoigne

Ecrit par on 21 mai 2019

Le Qatar a longtemps nié qu’un cousin de l’émir croupie dans une cellule depuis déjà six ans. Asma Arian, l’épouse de Talal ben Abdulaziz al-Thani, a pu fuir l’émirat avec leurs quatre enfants. A Genève, elle raconte son calvaire.    

Asma Arian, de nationalité allemande et d’origine marocaine, n’est pas sur les bords du lac Léman par hasard. Le Groupe de travail du Conseil des droits de l’homme tient au même moment sa 33ème session aux Palais des Nations à Genève. Il examine la situation des droits de l’homme dans quatorze pays, dont le Qatar. L’émirat gazier est une nouvelle fois mis sur le grill en raison de son comportement vis-à-vis des travailleurs émigrés et des membres de leurs familles. On reproche également à Doha de contraindre tout investisseur étranger à céder 51 % de son capital à un Qatarien, qui pourra du jour au lendemain lui vider son compte en banque et lui interdire de quitter le territoire.

L’histoire d’Asma Arian ressemble à un conte de fée qui se transforme brutalement en une horrible histoire de sorcière. En 2007, elle épouse Talal ben Abdulaziz al-Thani. C’est le cousin du cheikh Tamim, l’actuel souverain. Son grand-père, Ahmad ben Ali al-Thani, a été l’émir du Qatar au moment de l’indépendance, avant de se faire renverser par son… cousin Khalifa ben Hamed al-Thani. Les coups d’État dans ce minuscule pays grand comme la Corse se jouent en famille. Talal est très riche. Sur son passeport, il a comme simple profession, « membre de la famille dirigeante ». Le couple a quatre enfants.

Logés dans un baraquement non climatisé

Mais en 2013, comme Oumma l’a raconté le 24 décembre 2018, Talal est arrêté, accusé d’avoir contracté des… dettes, alors qu’il est millionnaire. Emprisonné sans motif sérieux depuis six ans, il se voit condamner en 2018 à une peine d’un quart de siècle ! 25 ans de détention ! Malade, diabétique, il risque de finir ses jours dans une cellule. Or, dans cette dictature, les exécutions sommaires d’une balle dans la tête sont monnaie courante derrière les murs des pénitenciers.

« Non seulement le pouvoir s’en est pris à mon mari, mais sa famille a été punie ! Nous nous sommes retrouvés dans des baraquements non-climatisées, loin du centre de Doha, la capitale. Mes enfants attrapaient des maladies de peau. Je n’avais pas de voiture pour les emmener à l’école. Alors qu’ils possèdent la nationalité qatarie, ils étaient discriminés. On nous humiliait », dénonce l’épouse de Talal. Considérant que ses enfants ne peuvent plus vivre décemment, elle décide de fuir le Qatar. Va-t-on la laisser quitter l’émirat ? « J’ai pu payer leurs inscriptions pour la prochaine année scolaire. Ensuite, j’ai annoncé que je partais en vacances en Allemagne pour voir mes parents qui vivent dans ce pays. Persuadées que j’allais revenir, les autorités m’ont accordé un bon de sortie », raconte Asma Arian.

Reconnaître qu’il est fou

Mais même en Allemagne, elle n’est pas tranquille. Elle reçoit des menaces. Avec ses quatre enfants, elle vit sous la protection constante de la police. Les raisons de l’incarcération de son mari ? Il aurait toujours désapprouvé le soutien financier de l’émirat à des organisations extrémistes. Il est au courant de valises d’argent remis aux talibans, à des islamistes en Somalie, au Sahel, dans le Sinaï. Autant de secrets d’État qui révèleraient la face sombre de l’émirat. Selon son épouse, le pouvoir a cherché à négocier avec lui, à lui faire signer des papiers en échange de sa libération, à condition qu’il reconnaisse être… atteint de folie. Il a refusé.

Depuis la crise qui oppose le Qatar à ses voisins, l’Arabie saoudite, les Émirats, Bahreïn, l’Égypte, le régime redoute un coup d’État. Or, Talal appartient à une branche des al-Thani proche de l’Arabie saoudite (son père est d’ailleurs mort en exil dans ce pays). Le cheikh Tamin craint-il que son cousin puisse un jour le renverser ? « Depuis six ans, mon mari n’a pu voir que deux fois ses enfants. Les plus petits ne se souviennent pratiquement plus de lui », accuse Asma Arian.

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