Imed Marzouk : le bartering nuit à la création d’émissions en Tunisie

Ecrit par on 10 mai 2019

Imed Marzouk, directeur de la boite de production « Propaganda » et producteur exécutif du feuilleton ramadanesque « affaire 460 » parle bartering, chiffre et créativité dans « EcoMag ». 

 

Cela faisait longtemps que Imed Marzouk n’avait pas travaillé avec une télévision tunisienne. Ses deux derniers projets destinés au petit écran remontent à 2002 avec « Dima Lebes » sur la « Nationale 1 » puis en 2008 avec une mini série sur « El Wataniya ». La raison de cette absence? Le concept de bartering : focus.

Le producteur explique qu’après la révolution et avec la création de nombreuses télévisions, il a reçu beaucoup d’offres de travail mais « les conditions contractuelles n’étaient pas satisfaisantes   » et « trop de risque pesaient sur le producteur parce que les télévisions obligent les émissions à partager les recettes venant de la publicité et du sponsoring », recettes qui permettent de rentabiliser le projet. Ce pourcentage de partage est variable en fonction de la négociation. La majorité des recettes publicitaires viennent des opérateurs téléphoniques et des grandes sociétés d’agroalimentaire tunisiennes, qui se mettent d’accord sur un budget publicitaire annuel à travers les agences médias, cela correspond environs à 2 à 3 millions de dinars par an.

Pendant le mois de ramadan et selon l’audimat de chaque série, les spots publicitaires sont placés à un horaire précis, chaque télé ayant sa grille de diffusion de spot.

Imed Marzouk a évoqué le conflit d’intérêt qui a lieu lorsque le propriétaire d’une chaîne de télévision est aussi détenteur d’une boite de production par rapport à ces revenus publicitaires, où la rentrée d’argent sera double et donc correspond à un cruel manque à gagner pour les producteurs de série. Comme le précise Marzouk, il n’y a pas de cadre légal en Tunisie qui empêche les télévisions tunisiennes de détenir aussi une boite de production (en France par exemple, les télévisions ne peuvent avoir plus de 20% du capital d’une boite de production).

Comme l’explique le producteur, le budget d’une émission est conséquent (besoin de liquidité directe), et le doute du succès d’une émission est toujours présent, à savoir est ce que les annonceurs vont misé sur le feuilleton et mettre de l’argent sur son créneau horaire, de plus l’honnêteté de la télévision peut être mis en doute, tout ces paramètres nuisent énormément à la création de feuilletons parce qu’ils présentent trop de risque pour les réalisateurs qui préfèrent ne pas s’engager.

Son feuilleton ramadanesque « affaire 460 » est diffusé sur « Attasiâa », le contrat est à terme fixe, sans bartering, ce qui l’a convaincu de faire son retour cette année dans les foyers tunisiens.

En terme de chiffre, le salaire des comédiens correspond à 15 – 20% du budget total, de même pour les décors et les costumes qui correspondent à 20% des dépenses totales. Marzouk avoue avoir travaillé avec des contraintes de temps importantes (une préparation de seulement 2 semaines) d’où parfois certaines faiblesses au niveau du mixage et du montage, qui sont en amélioration. Cela n’empêche pas le public d’apprécier la qualité d’image, des costumes et des décors.

Le feuilleton qui n’a pas de référence historique exacte mais qui a lieu dans le contexte de la deuxième guerre mondiale a été critiquée pour quelques fausses notes liée à cette époque : la présence de chèque certifiés qui n’existaient pas encore, et la scène du procès dans les premiers épisodes jugée non crédible par de nombreux téléspectateurs.  Pour le producteur, la série est une fiction qui implique une marge de liberté, elle ne se veut pas réaliste mais crédible, et cette crédibilité est présente grâce au travail intense de toute une équipe.

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