Chronique - BCE marque des points décisifs !...

Chronique - BCE marque des points décisifs !...

A la veille de la nouvelle année ou presque, un nouveau coup de théâtre, dont seul Béji Caïd Essebsi a le secret, a eu lieu avec la rencontre présidée, aujourd’hui même vendredi 28 décembre 2018, par BCE avec la participation du président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Mohamed Ennaceur, du chef du gouvernement, Youssef Chahed, du secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Tabboubi, du président de l’UTICA, Samir Majoul, et des dirigeants des partis formant la nouvelle majorité favorable à La kasbah, à savoir, Rached Ghannouchi, président d’Ennahdha, Mohsen Marzouk, secrétaire général de Machrou Tounès et Mustapha Ben Ahmed, chef de la Coalition nationale.

 

Cette réunion, convoquée par le chef de l’Etat, constitue un tournant en cette conjoncture très sensible marquée par des rebondissements les uns pires que les autres. Une conjoncture où la tension est à son paroxysme et où l’explosion pouvait et peut se déclencher à tout moment. Qu’on en juge !

Une grève générale de la Fonction publique et du secteur public prévue et maintenue pour le 17 janvier 2019 avec son lot de conséquences de dangers qui peuvent en découler surtout si l’on sait les événements dramatiques du tristement célèbre « Jeudi noir » du 26 janvier 1978.

Un blocage total entre le gouvernement et l’UGTT marqué par un discours incendiaire de Noureddine Tabboubi menaçant d’une escalade accrue et rejetant les propositions de Youssef Chahed traitées de « miettes » inacceptables.

Un malaise social sans précédent dans plusieurs régions, notamment, à Kasserine, à Sidi Bouzid, à Tebourba, Gafsa, à Jebeniana. La menace la plus sérieuse planant sur Kasserine où un jeune s’est immolé par le feu. La peur du pouvoir de voir les choses dégénérer a fait que certaines voix proches de La Kasbah ont vite fait de parler de crime avant que la justice ne se prononce sur l’affaire, sachant que la victime a entamé son acte de suicide en diffusant un enregistrement audio, en portant un bidon d’essence sur son dos et en s’aspergeant le corps d’essence. Reste à savoir qui a mis le feu.

Même la vidéo ne montre pas clairement qui a actionné le briquet. D’ailleurs, les pages et les médias proches d’un camp bien déterminé ont vite fait de parler d’aveux alors que le porte-parole officiel du Tribunal de première instance de Kasserine nie ces aveux.

On citera, aussi, la détérioration de la situation économique avec des indicateurs atteignant, pour la plupart, des records négatifs dont notamment le déficit commercial, le niveau d’endettement public, l’inflation, le chômage la cherté de la vie, les pénuries de nombreux produits alimentaires. Sans oublier le bras de fer dans le secteur de l’enseignement avec une menace réelle de subir une année blanche.

Au milieu de tout ce tableau sombre, BCE a surgi avec son invitation-surprise pour une réunion avec les différents acteurs sur la scène nationale et au cours de laquelle il y a eu plusieurs moments forts, ceux annoncés et d’autres aussi importants mais restés dans les coulisses.

Tout d’abord, le chef de l’Etat a mis les acteurs devant leurs responsabilités tout en mettant le holà et tout en tirant la sonnette d’alarme dans le sens où le pays se trouve au bord de la catastrophe sur tous les plans, politique, économique, social et sécuritaire.

BCE a fait comprendre à l’assistance qu’en tant que responsable de la sécurité nationale et de la politique étrangère, il a bien joué son rôle, mais pour le reste, à savoir le gouvernement, qui se targue être seul responsable de la gestion des affaires de l’Etat, et les composantes de la nouvelle troïka formant la ceinture de soutien au chef du gouvernement.

En effet, le chef du gouvernement n’avait-il pas réitéré qu’entre le président de la République et lui-même, il y a la Constitution ?!. Or, Béji Caïd Essebsi a clamé haut et fort que cette troïka ne le représente pas et qu’il n’en est pas satisfait du rendement jugé, unanimement, en deçà des attentes. Pire encore dans le sens où il est en train de mener la Tunisie vers la catastrophe.

Noureddine Tabboubi avait révélé la veille qu’un membre du gouvernement lui avait indiqué que pour payer les pensions des retraités de ce mois de décembre 2018, l’Etat a dû puiser dans les fonds réservés aux familles nécessiteuses et en piochant chez certaines banques de la place ! Peut-on tomber dans des fonds aussi bas ?!

Selon des sources concordantes, Béji Caïd Essebsi a placé tous les présents devant leurs responsabilités dans tout ce qui arrive au pays avec des propos directs adressés, notamment au président d’Ennahdha et au secrétaire général du Machrou.

Mais le président de la République ne s’est pas limité à cette mise en demeure, mais est passé à l’action démontrant qu’il reste une personnalité incontournable et que grâce à sa vista et à son charisme il était capable de faire bouger les choses en annonçant, à la fin de la réunion, la reprise du dialogue entre le gouvernement et la Centrale syndicale.

Plus encore, il a annoncé qu’un retour lui sera fait dans une semaine au Palais de Carthage même sur l’évolution des rapports entre les deux parties. Ceci veut-il dire que BCE a repris les choses en main ? Tout porte à le faire croire de par l’assurance montrée dans sa déclaration à l’issue de la rencontre.

Ceci veut-il dire que le chef de l’Etat dirigera, de facto, les affaires du pays dont le chef du gouvernement voulait en avoir l’exclusivité ? En tous les cas, BCE a montré, clairement, que l’équipe de La Kasbah a échoué dans son œuvre gestionnaire.

Certains observateurs sont allés vite en besogne, en pronostiquant, d’ores et déjà, une reprise en main par BCE du projet réunissant les différentes composantes de la large famille démocratique, centriste, progressiste et moderniste lors de cette année 2019 qui sera couronnée par les échéances électorales législatives et présidentielle.

Lequel projet un entourage de courtisans voulait en confier le leadership à Youssef Chahed, pourtant muet et qui n’a pas montré, jusque-là, de réelles capacités de leader digne de ce nom. Il est vrai qu’il est le chef du gouvernement, un poste qu’il a eu, grâce à la bonne volonté de BCE, mais on ne l’a jamais vu lors d’un débat ou sur un plateau radiotélévisé en direct. Même la dernière interview était enregistrée et ficelée à l’avance avec des questions d’actualité brûlante zappées.

En tout état de cause, il est trop tôt de conclure des certitudes à partir de la réunion d’aujourd’hui, mais on peut dire que BCE a marqué des points décisifs pour la suite des événements en 2019, le plus important en ces circonstances demeurant le sauvetage de la Tunisie loin de toute personnalisation des faits.

Des faits qui ont prouvé que les gens parlant du « sauveur de la Tunisie », de « l’homme de la situation et de l’homme du futur » se sont trompés sur toute la ligne et qu’ils cherchaient, juste, à se positionner et à se préparer pour récolter les dividendes de leur « forcing de courtisanerie ».

 

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